Comprendre sans excuser : regards sur une époque et ses dérives
Il y a quelques jours, je suis tombé sur une vidéo YouTube de Seb (Sébastien Frit) dans laquelle il parle de la variété française. Si vous ne l’avez pas encore vue, je vous encourage à aller la regarder.
Dans cette vidéo, Seb revient sur plusieurs artistes de l’époque de nos parents, voire de nos grands-parents (si, comme moi, vous êtes des années 90). Parmi eux, on retrouve Serge Gainsbourg, Claude François, Daniel Balavoine, Garou, Michel Sardou ou encore Jean-Luc Lahaye.
On y découvre, ou redécouvre, des propos déplacés tenus dans certaines chansons ou lors d’interviews. Une chose ressort très nettement : la banalisation de propos sexualisant des enfants ou des adolescentes.
Et la question que je me pose est la suivante : pourquoi, à cette époque, ces personnes étaient-elles idolâtrées malgré cela ?
Est-ce que ce type de discours était socialement accepté, même inconsciemment ? Était-il normalisé d’évoquer, voire de fantasmer, des relations avec des adolescentes ? On parle pourtant d’une époque pas si lointaine, et d’une génération encore bien présente aujourd’hui.
À l’époque, la communication était essentiellement unilatérale. L’information arrivait par la télévision, la radio ou les journaux. Le public la recevait, l’intégrait, mais son avis avait peu de portée. Il restait cantonné au cercle familial, aux amis, parfois aux collègues, rarement au-delà.
Aujourd’hui, malgré tous les travers que peuvent avoir les réseaux sociaux, ils permettent à une large partie de la population d’exprimer un avis publiquement. Autrement dit, la communication est devenue bidirectionnelle.
Si un artiste se permet désormais des propos aussi déplacés, cela déclenche presque immédiatement une vague de réactions en ligne. Des médias de niche s’en emparent, puis, progressivement, des médias plus traditionnels relaient l’information. En l’espace de quelques jours ou semaines, l’artiste concerné peut se retrouver “cancel”.
Je suis tombé sur un commentaire Reddit d’une personne qui tente d’expliquer cette banalisation autour de la sexualisation des enfants. Selon elle, mai 68 « représente une libération sur tous les plans, notamment au niveau des mœurs sexuelles ». Autrement dit, à cette époque, certaines restrictions sexuelles étaient méprisées et transgressées au nom de la liberté. Et ce phénomène n’a pas disparu : il existe encore aujourd’hui. Il s’est simplement déplacé.
Prenons l’exemple du travail. Les nouvelles générations n’ont plus le même rapport à celui-ci. Là où, autrefois, le travail signifiait CDI, hiérarchie, horaires fixes et loyauté à l’entreprise, on observe aujourd’hui un refus du présentéisme, un rejet du sacrifice personnel pour sa boîte, ainsi que des départs plus rapides et assumés. Et des exemples comme celui-ci, il y en a beaucoup d’autres : le rapport aux drogues dites douces, au genre, ou encore à l’identité. À chaque fois, des normes héritées sont remises en question, parfois violemment, au nom de la liberté individuelle.
Cependant, et c’est un avis très personnel, ce constat ne peut pas servir d’alibi moral. Comprendre un contexte historique ou sociétal permet d’expliquer certaines dérives, mais en aucun cas de les justifier. La liberté n’a de sens que si elle s’accompagne de responsabilité, et certaines frontières ne devraient jamais être franchies.
F.